Article du camarade FAUDOT Hervé

Quels ancêtres pour quelle nation ?

Visiblement, le climat étouffant et pestilentiel de l’été, commencé à Nice et conclu par le burkini, semble convenir assez à certains pour le prolonger dans les thématiques sécuritaires, identitaires et xénophobes.

Parmi eux un ex président qui revient, après le bilan positif de la colonisation, sur l’affirmation que « Dès qu’on est français, nos ancêtres sont les gaulois » !

Si on veut bien oublier qu’il est toujours problématique d’effacer ce qui relève de notre antériorité, on pourrait en sourire s’il ne s’agissait là de la sempiternelle question des origines posées comme un imbécile absolu.

Cette affirmation additionne en effet deux erreurs :

D’abord le peuplement de notre territoire, posé à l’extrémité de l’immense Eurasie en position de carrefour, résulte d’une suite ininterrompue de migrations, invasions, arrivages divers selon les circonstances. Il est, pour reprendre une formule d’Elie Faure un « chaos ethnique ». La « race » française n’existe que dans le métissage.

Les premiers humains connus, les homo-erectus, arrivent ainsi d’Afrique (ça commence mal) il y a plus d’un million d’années, ils évoluent peu à peu vers 300 000 avant JC en néandertaliens. Puis vers 40 000 avant JC ils se font manger leur pain par les Homo-sapiens venus également d’Afrique, notre code génétique en possède encore quelques traces.

Il y a 10 000 ou 8000 ans des populations venues du Proche Orient (décidément !) apportent la révolution néolithique, l’agriculture et l’élevage qui permet la sédentarisation.

Dans le millénaire précédant la naissance du Christ arrivent les Gaulois que les grecs, eux-mêmes installés sur les côtes du Sud, fondant des cités comme Massilia ou Nikaia, appellent « Celtes ».

Les romains nous les présentent comme divisés en une soixantaine de petites unités politiques regroupées en trois grandes régions : Belgique, Celtique et Aquitaine très diverses sur le plan culturel, institutionnel ou linguistique. Tout le Sud-Est est alors romain, la « Province » d’où vient le nom « Provence ».

Les gaulois seront peu à peu romanisés, l’édit de Caracalla en 212 donnant la citoyenneté à tous les habitants de l’Empire. Le christianisme ne deviendra officiellement la seule religion autorisée qu’à partir de 380, il mettra plus d’un siècle à dominer les campagnes, souvent par l’usage de la violence (« Païen » vient de Pagus qui a donné aussi « paysan »), bonjour les « racines  chrétiennes ». 

Au cinquième siècle arrivent les peuples germaniques et leur sang bleu supérieur qui s’installent dans un partage instable des territoires. Les Francs en Francie autour de Paris, les Burgondes qui formeront la « Bourgogne », les Wisigoths dans le sud ouest et en Espagne. Entre eux luttes fréquentes et jeux d’alliances. Clovis étendra sont territoire jusqu’au royaume de Cologne, à cheval sur le Rhin après l’intégration des franc rhénans, et jusqu’aux Pyrénées après la bataille de Vouillé en 507.

Puis viendront, comme dans un générique, les Bretons en Bretagne, les Vikings qui s’installent dans ce qui devient la « Normandie » avant d’aller polleniser les royaumes anglo-saxons, les Arabes jusqu’à Poitiers, les Juifs expulsés en 1492 d’une Espagne en quête de sa « pureté de sang », puis au 19eme fuyant l’antisémitisme d’Europe centrale avant d’être rattrapés par lui, les Tziganes…

Avec la consolidation de la monarchie, les nombreuses reines étrangères, italiennes, espagnoles, anglaises, hongroises, autrichiennes, amèneront leur sang jusqu’à la table royale. Il n’y a pas de sang plus mêlé que le sang des rois !

Enfin les vagues migratoires liées à la révolution industrielle et aux situations économiques contemporaines achèveront le patchwork : Belges, polonais, italiens, espagnols, portugais, maghrébins, africains… Jusqu’aux réfugiés qui arrivent aujourd’hui d’où venaient les premiers habitants de notre pays.

La seconde erreur concerne le territoire français. Lui aussi résulte d’une longue histoire. Les terres « gauloises » ne correspondent pas à aujourd’hui, elles incluent la Belgique ; idem à la mort de Clovis qui contrôle la rive droite du Rhin.

Au 16eme siècle encore il manque tout l’Est de la France actuelle, de l’Alsace à la Corse, sans compter l’outre mer. L’extension se fit sur des populations linguistiquement et culturellement différentes du noyau capétien : Bretons, Basques, Corses, Occitans… Le territoire français se fixe après 1945.

Au fond, à partir de quand peut-on parler de « la France » et « des français » ?

Après les décisions politiques des monarques qui préparèrent le terrain de l’unification sans la réaliser, il parait judicieux de situer le seuil d’irréversibilité sous la Révolution française, pour plusieurs raisons : d’abord, avec la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, l’unification du peuple français par la suppression des privilèges de naissance et des ordres qui permet une unification juridique, l’affirmation ensuite de la souveraineté dans la Nation qui rompt avec l’origine divine des Lois et son représentant royal sur terre, et enfin l’unification administrative rationnalisée et centralisée. La levée en masse, l’amalgame et les longues guerres pendant plus de 20 ans achèvent de cimenter la Nation.

Certes ce nouveau champ politique est loin d’être parfait, égalitaire et démocratique, mais au moins, par les principes qu’il énonce, ouvre t-il en leur nom la possibilité de luttes puissantes pour l’égalité et la justice qui marqueront tous les 19eme et 20eme siècles.

En fait la référence aux gaulois par les pères de la troisième république est un mythe fondateur construit pour rassembler contre les monarchistes qui se fondaient, eux, sur les Francs aristocratiques dominant les populations conquises et la droite catholique qui privilégiait le baptême de Clovis.

La référence actuelle s’inscrit dans les dérives identitaires et xénophobes, la naturalisation d’une origine, elle instrumentalise un mythe aujourd’hui obsolète à seule fin de distinguer les « vrais français » des autres. Doucement perverse, elle méprise la recherche historique et s’inscrit dans les appels réitérés à construire en lieu et place un « roman historique » qui viendrait remplacer l’Histoire par « des »  histoires.

Tosquelles, psychiatre catalan avait coutume de dire que les personnes dans les asiles étaient des gens qui avaient raté leur folie, c'est-à-dire qu’ils n’étaient pas parvenus à faire d’elle une force de propulsion. Assurément notre ex président est à l’abri de ce reproche.